Après les Errances Affectives, me voici romantique de nouveau dans cette lettre au capitalisme extraite du Manifeste de la Raison Objective direction vers la Société Equilibre.

un avant goût avant la sortie...

retrouver Le Manifeste de la Raison Objective sur facebook, le livre est prévu pour une sortie en début Octobre.

Lettre à mon Amour

Cher Capitaliste,
Je t’ai côtoyé toute ma vie, jusqu'à en oublier ce qu’était la vie sans toi. Tu as été mon oxygène, je te voyais partout dans tous les recoins, tu étais l’absolution. 
Je croyais que tu annihilais mon désir de consommer mais tu étais à sa genèse.
Je ne réalisais pas le prédateur que tu étais…
Sous ton emprise, j’oubliais le passé avant toi et pire je ne pouvais envisager un future sans toi.
Doucement, tu m’as conduit à l’endettement, pire tu m’as persuadé que c’était normal.
Tu as été violent et chaque violence était compensée par une caresse que je ne pouvais m’offrir. Qu’importe mon pouvoir d’achat, tu repoussais les lignes de crédit. J’étais au chaud dans tes bras, tous semblaient accessibles ; agios, prêt conso, j’étais ton créditeur. Je te devais tout mon bonheur comme mon malheur. Rien n’était trop beau ou trop cher, j’avais ce que je désirais. Je ne voyais pas ma condition d’esclave, tu avalais même mon temps de réflexion. J’avais ma part de culpabilité, obnubilé par tes présents, je n’avais plus la tête à réfléchir. J’avançais en ayant perdu mon but, j’étais accroc à tes passe-droits, à cette sensation de puissance que m’octroyait l’argent que tu me donnais. Il me filait entre les doigts mais qu’il était bon de le dépenser. Je me sentais existé par ce pouvoir de consommation dont tu m’abreuvais.
Je n’avais pas le temps de me laisser pénétrer par une quelconque jalousie, rien ne t’égalait. Il fallait être fou pour te rejeter, comme tu le glanais plus ou moins implicitement… tu rimais avec liberté et démocratie. Effectivement, tout le monde avait le droit d’avoir ce qu’il désirait à condition d’en avoir les moyens … de crédit !
Qu’il était beau, de vivre ce rêve éveillé dans tes bras.
Je n’étais point aveugle, je voyais ton appétit dévorant. Tu n’étais jamais rassasié, il y avait toujours quelque chose à prendre, tu étais insatiable. Je te voyais comme l’eau que l’on tenterait de contenir dans une poigne… il te fallait toujours plus et tu trouvais toujours un moyen pour combler ta faim ou arriver à tes fins. Je te voyais soumettre bien d’autres pris dans cette illusion de plaisir ou de fatalisme. Nous étions des hamsters courant sans savoir pourquoi ? Nous étions maintenus en vie pour le plaisir d’inconnus et étions traités juste avec assez de gentillesse et de dignité pour ne pas nous rebeller.
J’ai mis du temps avant de voir ton vrai visage, ils m’avaient prévenu mais je ne prêtais que peu d’attention à ces jaloux. Ils ne te comprenaient pas, ils te voyaient et avaient beau te maudire, je n’étais pas réceptif, j’étais sous ton emprise. Ils me disaient que l’herbe était plus verte ailleurs, je ne pouvais le croire, comment pouvait-on faire mieux que la démocratie ou la liberté ?
L’idéologie dogmatique s’était installée, tu étais le juste quand ton antagonisme ; le communiste était le mauvais… pire le malin. Tu détroussais tous tes partenaires de penser et anéantissais l’individu au profit du capital. Il s’agissait de raccourci et de contre-sens que ma naïveté et ma jeunesse ne pouvaient à elle seule expliquer. Tu es une machine en plus d’un escroc, tu emprisonnes tes victimes dans la spirale de l’endettement et pour leur survie les encourages à pousser à l’eau les derniers récalcitrants du système… tout ça en instaurant un naturel et une forme de moralité à ta démarche destructive. Tu impactais des générations et allais jusqu'à devenir omniscient. On ne pouvait échapper à ton pouvoir tentaculaire.
On avait prédit ta fin, je rigolais car ces mêmes personnes te qualifiaient de cancer…
Le cancer spread et est virulent en attente, il ne lâche rien… comment pouvait-il espérer ta fin dans le même temps ?
Ils divaguaient me disais-je alors.
J’avais tort, je t’ai vu au fil des années atteints d’une maladie chronique. Tu avais beau dire, je voyais bien que tu étais touché. « Ce qui ne me tue pas me rends plus fort », il ne pouvait en être ainsi pour toi ! Comment le juste pouvait se trouver touché…
Peut-être n’y avait-il pas de justice ? Pourquoi étais-ce à chaque fois la faute des autres ?
Les infidèles ?
Il me fallut du temps avant de réaliser la torture que tu me faisais subir… tu me pressais, tu prenais mon essence et après le jus extrait, c’est sans remords que tu prenais mon zeste … pire tu es prêt à me faire payer pour le supplice. La précarité, ta couverture sociale si chauffante disparaissait… car j’étais devenu folle amoureuse des prix bas, j’aimais voir cette compétition autour de moi. J’étais devenu une précieuse consommatrice… sans plus grand moyen, si ce n’est cette ligne de cocaïne qu’était ma ligne de crédit. Tu m’envoyais des cartes, que j’utilisais sans remord sans avoir conscience que derrière chaque prix bas, c’était ma qualité de vie que je m’étais sur la balance. Tu nous troublais jusqu'à notre travail, nous n’avions pas une minute mais devions déjà céder face à la précarité pour survivre dans tes bras. Tu allais jusqu’à hanter nos nuits dès le premier faux pas… tu avais des amis, comme le banquier toujours à l'affût de l’écart incontrôlé, le but était de te maintenir à flot. De te sentir aimer, sans jamais avoir la sensation d’être abandonné. Ton étreinte devint étranglement, tes baisers charmants devinrent des viols. Ma dévotion était plus que de la soumission, j’étais devenu ton esclave. Junkie, si au départ, je faisais tout pour satisfaire mon addiction, il s’agissait maintenant d’une question de survie.
Alors quand une nouvelle fois, tu te trouvas grippé et quelle grippe en 2008 ? Je n’ai pu me retenir et me réjouir de la fin de ton règne. Le futur n’était pas plus beau, toujours opaque, je le voyais se dégager d’un de ces plus gros tortionnaires (tu contrôlais, l’espace et le temps).
Certaines de tes conquêtes corrompues étaient effrayées par ce qu’il adviendrait du monde sans toi. J’aurais pu faire partie de cette catégorie si seulement tu ne t’étais retourné sur moi en créancier. Je te donnais tout, mon travail, ma souffrance, mon temps et mon future… je n’étais plus rien, j’avais perdu toute faculté de penser et donc toute mon humanité. Mon imagination et ma créativité n’étaient que pour te servir, je pensais à tort que je gardais un contrôle sur mon destin. Ton emprise était abusive et imposante. Tu étais partout, visible et invisible, perturbais mon esprit et polluais mon environnement. Je n’étais pas aveugle mais trop à l’aise sous ses paires de lunettes grand luxe.
Je préparais ton lit de mort avec jubilation, j’aurais même aimé être la cause de ta chute mais être spectateur était déjà très jouissif. Toi, le puissant, toi le très haut, te trouvais à genoux par les armes qui t’avaient maintenu au pouvoir ; la Finance et le Crédit.
Le monde t’avait trépassé et même si tu n’en es point mort, nous nous sommes fait à l’idée de ta vulnérabilité. Tu es défaillant, pire destiné à défaillir car ton appétit destructeur te consume. Tu as besoin de trouver un équilibre vicieux ou comme une mécanique suisse, nous tes jouets passerions de consommateur à « cheapest to produce »…
Si tu nous racontais que ton ennemie était une utopie, tes conditions de survie éternelles, le sont aussi. Il faudrait pour cela priver l’Homme de son bon sens ou l’aveugler émotionnellement pour éviter l’inévitable.

La révolution est proche,
Ce sont des adieux bien chaleureux que je t’envoie…
Je souris en pensant à ce jour ou ton nom disparaîtra du dictionnaire ou plutôt ton règne sera dépeint avec les tristes couleurs du désespoir qui te suivaient.

Bien cordialement,
Citoyen du Monde